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Atelier 18 (Victor Reynart)

[48-FR] Critique Mourir peut attendre (2021). *SPOILERS*

14 Octobre 2021 , Rédigé par Victor Reynart Publié dans #Cinéma, #Littérature

 

Extrait de Sur le chagrin et le deuil (2005), d'Élizabeth Kübler-Ross et David Kessler.

 

     Cet extrait pourrait résumer le nœud émotionnel, le socle sur lequel s'est construit la personnalité du James Bond de Daniel Craig, après la rencontre et la perte de Vesper Lynd dans Casino Royale (2006), également celui du roman éponyme de Ian Fleming.

 

 

     Un peu d’explications techniques avant d’aborder Mourir peut attendre (2021) : EON Productions est la société qui possède les droits de la franchise cinématographique James Bond. Les deux producteurs à sa tête sont Michael G. Wilson et Barbara Broccoli.

 

Barbara Broccoli et Michael G. Wilson.

 

     En 1999, la société de production Metro-Goldwyn-Mayer, avec laquelle ils produisent les films Bond, obtient les droits du roman Casino Royale (1953) d’Ian Fleming et prévoit donc une adaptation cinématographique. Après une annonce officielle suivie d’une conférence de presse à laquelle Daniel Craig, escorté par la Royal Navy, arrive par bateau (ne pas en tomber constitua d'ailleurs pour l’acteur son véritable test afin de devenir 007, plus que la conférence de presse en elle-même). Il remplace alors Pierce Brosnan et les deux sociétés s’associent à Sony, alors en charge de distribuer les prochains films de la licence. Martin Campbell revient à la réalisation, après avoir démarré un nouveau chapitre de la saga avec Brosnan en 1995, en réalisant Goldeneye (1995). Avec lui, Judi Dench revient dans le rôle de M, également apparu dans Goldeneye (1995), et quatre films avec Daniel Craig sortent. Ils ont la particularité d’avoir un fil rouge reliant leurs trames narratives respectives : le trauma de la mort de Vesper, ainsi que le personnage de Mr. White, dont le passé sera développé au fil des films.

 

(Au passage, voici le lien du .pdf d'un récapitulatif des quatre premiers films que j'ai réalisé pour la sortie du film.)

 

     Enfin, en 2015, le contrait qui liait EON Productions et la MGM à Sony s’arrête, juste après la sortie de 007 Spectre (2015). D’ailleurs, l’organisation de Blofeld n’apparaît que dans ce film car Sony prévoyait de créer une licence parallèle à celle de Bond, centrée sur SPECTRE, pour sûrement aboutir à un crossover. Mais ça ne s’est pas fait et comme le contrat arrivait à expiration, ils ont accordé l’utilisation de SPECTRE pour leur dernier film en commun (Source : https://www.nytimes.com/2017/04/20/business/media/james-bond-sony-mgm-eon-productions.html).

 

     Après la fin du contrat avec Sony, ce fut Universal qui devint le distributeur des films James Bond. Et après une origin story, le trauma de la mort de Vesper, sa traversée furieuse du désert, l’analyse de sa relation avec M et son passé lié à Blofeld, que restait-il à raconter ? Pour résumer la vie de James Bond : après avoir perdu ses parents enfant, il fut recueilli par Franz Oberhauser (qui n’est pas le père de Blofeld dans les romans) pendant quelques années, avant d’intégrer la Royal Navy dans laquelle il resta plusieurs années, obtenant le grade de Commander, avant d’intégrer le MI6 et de devenir OO. Tout avait donc été dit sur James Bond dans les films de Daniel Craig. À l’exception de son passé militaire, avant qu’il ne rejoigne le MI6 pour ensuite devenir agent. Et de ce qu’il pouvait devenir après avoir été 007. Et c'est sur ce dernier point que les scénaristes sont allé creuser pour Mourir peut attendre (2021), qui sort six ans après 007 Spectre (2015) et dix-huit mois de report.

 

La dernière affiche en date, avec la date de sortie définitive du film.

 

     Avec une introduction se déroulant il y a cinq ans, donc techniquement en 2016 (soit un an après la sortie de 007 Spectre (2015), voir l'année de sortie du film étant donné que Mourir peut attendre (2021) a été repoussé), la séquence à Matera est une suite directe au film précédent, comme la capture de Mr. White située entre la fin de Casino Royale (2006) et le début de Quantum of Solace (2008). On a donc au final deux dyptiques avec Casino Royale (2006) et Quantum of Solace (2008) d’un côté et 007 Spectre (2015) et Mourir peut attendre (2021) de l’autre, et Skyfall (2102) entre les deux. Ce cinquième film apporte donc un équilibre et une fin à l’ensemble, en abordant le deuil de Vesper d’entrée, puis SPECTRE et Blofeld, avant d’arriver au lien avec Madeleine et Safin, le coeur de ce nouveau film.

 

James Bond, Madeleine Swann et Lyutsifer Safin.

 

     Mon premier visionnage de Mourir peut attendre (2021) a été un peu indigeste parce que le contenu du film est très dense. Par contre les deux autres fois où je l’ai vu, c’était un vrai plaisir. Par contre, force est de constater qu’on ne retrouve pas la finesse de la photographie d’un Skyfall (2012) ou la nervosité d’un Casino Royale (2006). Pourtant, le film est beau du début à la fin avec une grande variété de décors et il y a quelques séquences d’actions mémorables, notamment celles à Matera et dans la base de Safin.

 

La séquence a Matera est sûrement la plus réussie du film.

 

     L'ouverture jouant avec le fond blanc du gun barrel pour enchaîner sur un flashback était bienvenu et change un peu la formule des films Bond. En plus de développer un peu le personnage de Madeleine Swann et d'installer le second antagoniste du film, Safin, la séquence dévoile la mère de Madeleine, la dernière pièce du puzzle manquante concernant sa famille. Et le choix de la musique Dans la ville endormie (1968) de Dalida était extrêmement judicieux : la chanteuse est franco-italo-égyptienne, Rami Malek a des parents d’origine égyptienne et Madeleine Swann une mère française. Et la musique précède la séquence d’ouverture à Matera, en Italie donc, suivant un générique d’une sobriété, d’un classicisme et d’une élégance qui collent parfaitement à au thème musical du film.

Il y a quelques mois, un clip au style très bondien de la musique est sorti sur Youtube.

 

     Au final, j’ai plutôt trouvé qu’il y avait de petits problèmes dans l’écriture, comme l’allusion au grade de Commander de James Bond qui sort de nulle part lors de la première rencontre entre Bond et Nomi (ceci dit je me souviens d'avoir lu qu'une scène où Nomi lisait un rapport sur Bond sur son portable avait été filmée, elle a probablement été coupée du film). Cinq ans après l'incident avec SPECTRE à Matera, Bond est isolé et vit seul en Jamaïque, son ancien grade dans la Royal Navy ne lui sert donc à rien dans sa situation et je n’ai pas compris pourquoi l’évoquer à part pour faire un clin d’œil aux fans. Il y a quelques petits détails comme ça qui laissent penser que le film aurait profité d’une dernière réécriture pour corriger et retirer quelques éléments, et surtout améliorer certaines lignes de dialogues. Je pense notamment à l'humour, qui, en VF, est parfois maladroit et tombe à plat. Elles passent mieux en VO et j'en profite pour vous conseiller de voir le film dans sa version d'origine où certaines répliques (notamment en français) ont une toute autre portée, en particulier avec les personnages de Madeleine et Mathilde.

 

     Pour parler de l’écriture du film d’ailleurs, il m’a semblé de plus en plus clair avec trois visionnages qu’il s’agit d’un film hybride qui effectue une métamorphose au cours du film, pour arriver à son final inédit dans la licence. Pas si bête d’avoir songé à une intrigue portée sur l’ADN donc. L’intro est bondienne à 100% avec son imagerie fantasmatique, sa romance dans un cadre paradisiaque pour une durée éphémère, le lien avec Vesper et l’irruption de SPECTRE, ainsi que la séquence d’action qui suit.

 

J'ai pu noter une référence visuelle au film Le Mépris (1963), drame franco-italien de Jean-Luc Godard dont l'histoire tourne autour d'une romance arrivant lentement à sa fin.

 

     L'explosion de la tombe de Vesper est comme un électrochoc pour Bond et réveille la leçon qu'il avait assimilée après sa mort concernant la confiance à (ne pas) accorder aux autres, à cause de la nature de sa profession. C'est tout ce qu'il fallait à Blofeld pour faire exploser le couple et réveiller le trauma de Bond, qui part immédiatement s'isoler à l'écart de tout. Cette séquence aurait d'ailleurs pu clôturer 007 Spectre (2015), à l'image de la séquence finale à Venise de Casino Royale (2006), avec un final moins tragique ceci dit.

 

On peut voir plusieurs similarités entre les romances de Bond avec Vesper et Madeleine, notamment le fait qu'il lâche son boulot pour elles.

 

     Le film fait ensuite un bond dans le temps et la séquence en Jamaïque et surtout celle de Cuba restent dans le cahier des charges des films Bond, et tout spécialement avec Paloma, la jeune recrue de la CIA interprétée par Ana de Armas, qui a rencontré un petit succès auprès du public. Cette séquence comporte tout ce qui fait le sel de la licence : un décor exotique, une jeune Bond girl, une réunion de SPECTRE (avec une esthétique mystérieuse/érotique rappelant Eyes Wide Shut (1999)), le smoking, une mission simple, etc. Le tout dans un décor rétro avec le choix de Santiago de Cuba (officiellement tourné dans les Pinewood Studios à Londres ceci dit). La séquence s'apparente à une parenthèse coupée du présent au sein du film.

 

Le personnage ressemble à un modèle de publicité de luxe, un fantasme, intégrant le film pendant quelques minutes.

 

     Le personnage de Paloma n'est présent qu'un court instant mais a eu droit a un traitement atypique pour une Bond girl. Il y a une dissonance entre ce qu'elle dit et ce qu'elle fait. Elle se dit débutante mais est aussi efficace que Bond, elle semble flirter avec lui mais dit que non quand il est réceptif à certaines de ses répliques et ses méthodes opératoires sont encore plus aléatoires que celles de l'agent britannique. Il y a une ambiguïté et une folie amusantes avec ce personnage.

 

Après À couteaux tirés (2019), Daniel Craig et Ana de Armas est un duo qui fonctionne parfaitement à l'écran.

 

     La séquence suivante, se déroulant à Londres, sert de transition où Bond retrouve le groupe de ses proches formé de Quantum of Solace (2008) à 007 Spectre (2015) : Tanner (QOS), Moneypenny (SK), Mallory/M (SK), Q (SK) et Madeleine Swann (SP), ainsi que Blofeld (SP). D'ailleurs, concernant le traitement de ces personnages, autant le passé de Madeleine qui fait d'elle un personnage plus gris que dans 007 Spectre (2015) est intéressant, autant celle de placer Mallory en faux antagoniste de manière très artificielle est très américaine encore une fois. Dans les précédents films (Skyfall (2012) et 007 Spectre (2015)), lui et Bond pouvaient être en désaccord mais pas opposés l'un à l'autre. Au final, cette opposition disparaît rapidement lors de leur rencontre près du Hammersmith Bridge, dans une discussion empreinte de nostalgie avec en fond une reprise solennelle du thème instrumental d'Au Service Secret de Sa Majesté (1969) de John Barry :

 

     Concernant Q par contre, il était appréciable de le voir retenir la leçon de Skyfall (2012) avec Silva, en connectant d'abord la clé USB que lui ramène Bond sur une sandbox avant de lier ses données à celles de son ordinateur personnel.

     Enfin, cette séquence réunissant tous les personnages restants des films précédents permet à celui-ci de se débarrasser de son premier antagoniste, Blofeld, après une confrontation verbale à Belmarsh possédant une intensité que Sam Mendes n’avait pas su rendre dans 007 Spectre (2015). La dernière saloperie de Blofeld avec la tombe de Vesper et le moment où Bond s’emporte font vraiment de lui sa némésis. Et le moment où il perd son sang-froid et l’empoigne m’a surpris et montre vraiment la victoire de Blofeld sur lui en tant qu’antagoniste. Dans une confrontation verbale, quand on perd le contrôle de soi et cède à la colère, l’autre a gagné. Cette scène manquait à 007 Spectre (2015), où Bond restait toujours dans le contrôle et moqueur.

 

Les reflets de ce cadre semblent évoquer les versions précédentes des personnages (que j'ai ajouté ici) et le caractère infini de leur lutte.

 

     Après sa mort, Bond découvre l'existence de l'antagoniste responsable de la mort de Blofeld et part retrouver Madeleine Swann, menacée par ce dernier, dans la maison où elle a grandi, en Norvège.

 

Bond et sa Aston Martin V8 en Norvège.

 

     Et dès ce moment, débarrassé de Blofeld et donc de son passé, Bond se focalise sur ce qui lui importe le plus, au-delà même de la patrie ou du devoir : la vie. Celle de Madeleine, et de Mathilde, leur fille (ce que Bond ignore à ce moment mais a senti en croisant son regard bleu acier pour la première fois). Aussi désarçonné que Bond face à cette étonnante découverte, le spectateur est alors face à un film qui change complètement de ton et ce n’est plus 007 contre SPECTRE, mais James Bond qui doit protéger ses proches. De Safin.

 

Dans l'ombre de SPECTRE.

 

     Dans le final de la séquence en Norvège, le réalisateur Cary Fukunaga a instillé un peu de cette ambiance forestière brumeuse hostile et inquiétante qu’on retrouvait déjà dans la saison 1 de True Detective (2014), qu'il a également réalisé, avec le bayou de Louisiane.

La saison 1 de la série est à voir. Le final est fou.

 

     Et cette séquence contient une des meilleures pistes de la bande-son, très différente des BOs de Bond et avec des motifs musicaux de thème de Safin qui reviennent par intermittences :

 

     Et après cette séquence de traque où Madeleine et Mathilde finissent capturées par Safin, Bond se retrouve seul avant d'être rejoint par Nomi, la nouvelle 007. Il rejoignent alors Q à bord d'un avion de guerre (qui a donc surmonté sa peur de prendre l'avion depuis Skyfall (2012)) et partent pour une dernière mission dans la base de Safin, datant de la Seconde Guerre mondiale et qui rappelle les bases de méchants des premiers films de la licence et leurs designs brutalistes de Ken Adam :

 

Croquis de bases d'antagonistes d'anciens James Bond, par Ken Adam.

 

     Les deux agents s'y rendent à bord d'un drone amphibie . Avant que le film sorte et ne soit même mis en chantier, en 2017, j'avais vu passer une news sur la construction d'un mini sous-marin baptisé Neptune issu d'une collaboration entre les marques Triton et Aston Martin. Et connaissant maintenant l'importance de la mythologie marine dans Mourir peut attendre (2021), c'est surprenant que le submersible biplace n'ait pas été utilisé dans le film.

 

Un design bien agréable à l'œil.

 

     Bond retrouve ensuite un Safin pas assez exploité à mon goût, dans un dialogue final qui semble avoir été tronqué de quelques répliques et dont le résultat est confus par moments. En tant que tueurs névrosés tous les deux, pour des raisons différentes, le concept initial d'opposition/similarité entre Bond et Safin était intéressante, mais il est survolé et beaucoup trop court. Suite à cette confrontation dont Safin et Bond parviennent à s'échapper en vie, l'ancien agent secret retrouver et met à l'abri Madeleine et Mathilde en leur faisant quitter, grâce à Nomi.

     D'ailleurs, concernant Nomi, j’avais aimé l’idée qu’un nouvel agent prenne le matricule de 007 après que Bond soit parti à la retraite, c'était une opportunité à saisir. Et j'attendais vraiment une opposition de pensée et de mode opératoire entre les deux, mais malheureusement le personnage n’est pas très utilisé dans le film. Elle fait des missions secondaires de son côté et sert plus de faire-valoir à Bond qu'autre chose au final.

 

 

La coopération entre les deux agents lors du final était très appréciable, cependant.

 

     Bond repart ensuite vers le centre de la base pour stopper le plan de Safin, encore en vie et furetant quelque part dans l'un de ses couloirs sombres. Au passage, la séquence possède la musique la plus rythmée du film :

 

     Et après un plan séquence nerveux où Daniel Craig délivre sa dernière scène d'action en tant que James Bond (un cadeau pour l'acteur et le spectateur), le personnage parvient à stopper le plan de Safin en ouvrant le sas d'un silo à missiles contenant le poison destiné à être disséminé dans le monde pour tuer des millions de personnes, afin qu'un bombardement imminent puisse le détruise. Mais alors que Bond est prêt à fuir, le sas se referme et en cherchant pourquoi, il tombe sur Safin qui restera dans l'histoire de la licence « l'antagoniste qui a réussi à tuer James Bond ». Indirectement ceci dit. Car Safin, dans toute la perversité propre aux antagonistes des Bond, le contamine avec une variante de son virus mortel ciblant l'ADN de personnes particulières (Madeleine et Mathilde dans son cas). Cet élément scénaristique m'a rappelé le virus FOXDIE injecté à Solid Snake dans la saga Metal Gear Solid (1998-2015). Il était basé sur le même fonctionnement : dans le premier jeu, quand le joueur croise des individus dont l’ADN a été intégré au virus, ils meurent instantanément. Mais dans le 4, on lui indique que le virus (qui ne posait plus problème puisque les cibles avaient été éliminées) a commencé à muter, ce qui a causé chez Solid Snake un vieillissement accéléré. Et le joueur apprend pendant le jeu que le virus pourrait même un jour cibler n'importe quel être humain au contact du personnage.

 

Le héros rongé par le virus.

 

     Bond parvient cependant à terminer sa mission et a droit a quelques mots avec Madeleine (par radio) avant que les missiles ne frappent l'île. Le tout dans une séquence montant émotionnellement crescendo, avec la musique d'Hans Zimmer :

 

     Je ne sais pas encore quoi penser de cette héroïsation américaine de Bond et la thématique de la famille. Surtout avec la séquence finale où Madeleine parle à sa fille et lui dit qu’elle va lui raconter l’histoire de James Bond comme si elle parlait d’un super-héros. Le ton n’est plus du tout bondien dans la deuxième partie du film et on quitte ce côté épisodique des films (où Bond est immortel et passe d'une mission à une autre avec le flegme que le spectateur lui connaît) pour une proposition de chapitre final. La mort du protagoniste. Cette possibilité unique a permis une certaine liberté dans certaines scènes, notamment par rapport au jeu de Daniel Craig. Dans la séquence de Matera, il incarne à 100% le Bond de ses quatre autres films, puis on a des scènes où le comédien se détache du rôle pour jouer de manière plus naturelle, et même plus proche de lui. Je l'ai surtout remarqué dans sa manière de parler, par exemple au début de son échange avec Blofeld ou dans la deuxième partie du film, où l’acteur parle avec des moments d’hésitation complètement absents de ses prestations en tant que Bond et plus proches de sa manière de parler, dans des interviews par exemple.

 

     Mourir peut attendre (2021) restera peut-être le seul de la saga à contenir la mort de Bond, qui aura un impact aussi profond sur les films suivants, comme la mort de Tracy dans Au service secret de Sa Majesté (1969) a marqué la licence jusqu'à Casino Royale (2006). En tout cas, le choix de traitement plus américain de ce film devrait rester une exception et facilitera la tâche pour le prochain film, qui reviendra sûrement à quelque chose de beaucoup plus british, notamment concernant l’humour et la sobriété en général.

 

 

Quelques mots sur Au service de Sa Majesté (1969) :

 

     À la fin du film, Bond se marie avec Tracy Draco, interprétée par Diana Rigg, surtout connue pour son rôle d’Emma Peel dans Chapeau Melon et Bottes de cuir (1961-1969), mais qu’on a aussi pu voir récemment dans Game of Thrones (2011-2019), et qu’on pourra voir une dernière fois dans Last Night in Soho (2021) à la fin du mois.

 

L'influence de la saga James Bond visible dans ce plan du trailer du film.

 

     Il s’agit du dernier rôle de l'actrice avant sa disparition, l’année dernière.

 

     À la toute fin d’Au Service Secret de Sa Majesté (1969), alors que le couple marié quitte la cérémonie, Tracy est assassinée sur ordre de Blofeld. C’est un des rares films qui proposait une évolution du personnage de Bond, comme Casino Royale (2006) ou Skyfall (2012), ou ceux de Timothy Dalton, qui seraient les plus proches de ceux de Craig en y repensant (avec la mort de Félix Leiter notamment, emprunté à l'un des romans de Ian Fleming). Dès le début de Mourir peut attendre (2021), dans la piste Matera, on retrouve des éléments de l’instrumentale du thème du film, We Have All The Time In The World (1969). On entend également le thème originel à la toute fin. Et comme je l'ai dit plus haut, une reprise du thème instrumental du film peut être entendue lorsque Bond discute avec Mallory près du Hammersmith Bridge, où ils sont rejoints par Tanner. Ce thème, composé par John Barry, que l’on entend dans le générique, me permet de parler d’un élément visuel qu’on retrouve dans les deux films : le trident. Il apparaît dans les deux génériques et je ferais une aparté sur ce motif. Cette forme importante dans la mythologie James Bond, puisque déjà présente dans le roman Casino Royale (1953), où James Bond est sauvé in extremis par un agent du SMERSH qui tue Le Chiffre et le laisse en vie (contrairement au film de 2006 où il s’agit de Mr. White), avant de le marquer sur le revers d’une main du caractère cyrillique Ш (cha), pour Шпион (espion en russe), afin que les autres agents du SMERSH puissent facilement identifier Bond en tant qu'ennemi. Par la suite, dans les romans, le SMERSH, véritable service de contre-espionnage soviétique actif entre 1943 et 1946, laisse sa place à l’organisation fictive SPECTRE.

 

     Parmi les autres références, on peut noter que Madeleine Swann et Tracy/Teresa Draco sont les filles d’un trafiquant plus ou moins lié à Blofeld. D’autre part, George Lazenby succède ici à Sean Connery et apparaît, comme le Bond de son prédécesseur, en tant qu'agent établi. On peut voir plusieurs références aux films de l’interprète originel montrant et confirmant que le film est une suite. Et comme Casino Royale (1953) n’a pas pu être adapté en film à cette époque, car les américains détenaient encore les droits après l'adaptation en téléfilm de 1954, la romance entre Bond et Tracy, également issue des romans, va alors éclipser celle concernant Vesper, et ce jusqu’au Casino Royale de 2006. Les films des interprètes suivants (ne revenant jamais sur le passé de son protagoniste) feront allusion à de rares occasions à ce mariage bref et avorté, sans s’étaler sur le sujet. Pour rappel, dans les romans et les films, la romance avec Vesper est la seule fois où Bond a aimé une femme et par la suite il enchaîne des conquêtes sans passion pour combler le vide de la perte de Vesper. Son alcoolisme (amusant dans les films) est également le moyen de supporter cette perte et les autres pressions diverses inhérentes au métier d'espion.

 

 

Quelques mots sur les romans de Ian Fleming :

 

     Avant d'évoquer les romans, voici le .pdf d’un article qui parle des différences entre les romans de Ian Fleming et leurs adaptations cinématographiques. Et le film qui serait le plus proche des romans d’origine serait finalement Casino Royale (2006), avec un Bond qui évolue et affronte ses traumas, ainsi que des scènes d’action impressionnantes mais possibles dans la réalité.

 

Dans le roman, cette scène met Bond face à un scolopendre et provoque chez lui un véritable moment de peur intense décrit sur plusieurs pages.

 

     Au service secret de Sa Majesté (1963) est le deuxième roman de la « trilogie Blofeld ». Dans Opération Tonnerre (1961), Bond croise la route de SPECTRE. Dans Au service secret de Sa Majesté (1963), il a pour mission de traquer l’organisation et fini par remonter jusqu’à Blofeld, qui prépare un plan similaire à Safin dans Mourir peut attendre (2021), à l’aide d’un virus mortel. Il avorte son plan mais Blofeld survit, fuit et, plus tard, tue Tracy alors que le jeune couple quitte sa cérémonie de mariage. Enfin, dans On ne vit que deux fois (1964), Bond retrouve Blofeld et le tue par strangulation (Ce qu’il fait indirectement dans Mourir peut attendre (2021), en apposant le virus que Madeleine portait sur son poignet sur le cou de Blofeld, en tentant de l’étrangler.). De plus, dans On ne vit que deux fois (1964), il est également question d’un jardin empoisonné et d’un château dans laquelle se terre Blofeld, sur une île près du Japon. De ce que j’ai pu lire sur le roman, Bond est mis sur la piste de ce château en découvrant des témoignages de proches d'habitants des villages voisins venant y trouver la mort, en traversant le jardin constitué de plantes vénéneuses mortelles. Blofeld porte également une armure de samouraï pour s’y promener à l’abri (et Safin porte des tenues amples rappelant certaines tenues japonaises). Je ne l’ai pas encore lu (les romans de Ian Fleming en français sont durs à trouver) mais c’est celui qui m’intrigue le plus.

     Enfin, dans Au service secret de sa Majesté (1969), on retrouve le personnage d’Irma Bunt (également présent dans le roman), interprétée par Ilse Steppat. C’est l’assistante de Blofeld qui tue Tracy (que Bond tue dans le roman On ne vit que deux fois (1964)), et j'aurais bien vu Tilda Swinton en interpréter une version contemporaine. Notamment à la place de Primo (l'acteur fait le job mais le personnage est juste un homme de main, point). Avec son visage atypique, le concept d'œil bionique du film lui aurait conféré une bizarrerie tout à fait appréciable.

 

Tilda Swinton dans une tenue adaptée pour un rôle de membre de SPECTRE.

 

 

     Pour conclure cette partie et l'article, je ferais comme le film, je terminerais par la musique de Neil Armstrong, We Have All The Time In The World (1969) :

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