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Atelier 18 (Victor Reynart)

[43] Tenet (SPOILERS).

30 Août 2020 , Rédigé par Victor Reynart Publié dans #Cinéma

 

     Je commence par une note personnelle, mais je suis allé voir le film à l’occasion d’une nuit du cinéma et la séquence d’intro (le prologue se déroulant dans l’opéra), s’est lancée sans pub ni bande-annonce, ce qui fait que le film a démarré sans que je sache si c’était bien le cas ou non, et la scène m’a tout de suite happé. C’était imprévu, mais c’était bien.

 

La séquence de l'opéra.

 

     D'ailleurs, pour Christopher Nolan, l'inspiration du film a été le Carré Sator, un carré magique comportant vingt-cinq caractères et le palindrome latin « SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS ». Plusieurs exemplaires de ce Carré ont été retrouvés, dont un à Pompéi, que le fils de deux personnages principaux visite dans le film. Cette information est juste évoqué lors d'un dialogue entre les deux parents.

 

Le Carré Sator retrouvé à Oppède, en France.

 

     Commençons ! Le rythme du film est vraiment un peu étrange. L’intro est très speed et enchaîne plusieurs séquences courtes se déroulant dans des endroits différents, sans explications, pour soudainement se poser lors de la scène de la première rencontre entre le protagoniste (John David Washington) et Katherine (Elizabeth Debicki).

 

Katherina examine un faux tableau apporté par le protagoniste, un objet-clé concernant ce personnage.

 

     Il y a un problème dans le montage aussi, dans certains dialogues, on peut voir, non pas des faux raccords, mais des raccords très bruts sur les personnages entre deux plans. Le ressenti est bizarre. Les séquences d’action et de dialogues semblent également faire partie de deux films distincts tant elles sont différentes :

 

Les phases d'action.

 

– Les phases d'action sont dépourvues d’humour, de dialogues et la réal 'est nerveuse, du type « caméra à l’épaule ». D’ailleurs, la majorité des musiques de la bande-son du film accompagne les séquences orientées action.

 

Les phases de dialogue.

 

– Les phases de dialogues, elles, sont très cinématographiques, prennent leur temps et sont parsemées de pointes d’humour souvent malvenues, car en opposition totale avec le ton sérieux et froid du reste du film.

 

     Toutes ces oppositions rendent le film dissonant. Mais je ne sais pas si c’était une intention du réalisateur pour correspondre au concept militaire de la « tenaille » du film = les deux temporalités qui ont lieu en même temps et génèrent cette sensation d’opposition temporelle perturbante (comme les mouettes qui volent à l’envers, quand le protagoniste, lui marche normalement). Cependant, la confusion créé par cette dissonance ramène au dialogue entre la protagoniste et la scientifique, Laura (Clémence Poésy), au début du film :

 

« – N’essayez pas de comprendre, ressentez. »

 

     Lorsqu'elle elle prononce cette ligne de dialogue, au début du film, je l’ai pris au premier degré. Si c’était l’intention du réalisateur et que c’est annoncé explicitement, alors je ne vais pas blâmer le film d’être trop incompréhensible si cette phrase résume la manière dont il a été conçu. Mais par moment, dans des séquences calmes, beaucoup de dialogues où Neil (Robert Pattinson) explique des choses au protagoniste sont tournés de façon à ce que le spectateur n’arrive pas à se concentrer sur ce qu’il dit. Ce qui nuit à la compréhension de l’histoire. Deux exemples que j’ai pu remarquer :

 

La discussion dans le bus.

 

– Dans le bus, la caméra filme Neil alors que le véhicule se dirige vers la partie gauche inférieure de l’écran. Autrement dit, comme s’il allait à l’envers. Et pour les Occidentaux, cette direction indique un retour en arrière, une régression, et possède une connotation négative. Et tandis que le dialogue fait avancer l’histoire, on a visuellement un élément qui va en sens inverse, ce qui perturbe l’assimilation des informations. Vu le concept de temporalités croisées du film, j’imagine que c’est voulu par le réalisateur, mais ça dessert la compréhension de l'histoire.

Note personnelle : en revoyant l'image ci-dessus, je remarque que Neil, dans cette scène, vient de la timeline inversée et qu'il tourne le dos aux autres passagers, dont le protagoniste. Il y a une logique donc, dans la mise en scène, mais ça n'aide clairement pas à la compréhension des dialogues.

 

Le briefing au beau milieu d'un espace public.

 

– Pendant un briefing incluant le protagoniste, Neil et Ahmad (Himesh Patel), qui précède l’attaque de l’aéroport, la caméra filme les personnages en travelling rotatif permanent. Pour assimiler les informations, le cerveau a besoin de pouvoir imaginer des choses. C’est pour ça que les scènes d’exposition/explication ont souvent lieu sur des banquettes de fast-food, dans une pièce devant un tableau ou même dans une voiture. Le cadre est immobile et permet de réfléchir. Dans cette scène, l’œil capte en permanence des informations à cause de cette rotation permanente, avec les figurants dans le fond, etc. Et la compréhension est amoindrie.

 

     Si vraiment l’idée de base était de laisser le spectateur dans le flou, sans explications, alors il fallait tenir cette intention et donner les explications en fin de film, ou même ne pas expliquer du tout le concept de la technologie de temps inversée, pour faire d’arrêter le plan consistant à utiliser la technologie de temps inversée l’unique objectif du film et placer tous les enjeux dessus. Mais là, ces scènes d’explications sont parsemées au long du film donnent envie de comprendre et donnent beaucoup de clés, mais il est vraiment difficile de bien retenir les informations qu’elles donnent, de par la rapidité du rythme du film et le montage chaotique des scènes, empêchant de se concentrer sur ce qui est dit.

Note personnelle : Je dois avouer que je déteste les films dont l’unique intérêt est un plot twist, ou un scénario qui complexifie volontairement des choses qui ne le sont pas, pour une raison inconnue. L’écriture d’une histoire peut aussi prendre une forme pédagogique : synthétiser des informations pour faire comprendre facilement des choses complexes. Et dans Interstellar (2014), il y a un excellent exemple de ça, la scène avec le papier et le crayon pour représenter visuellement le concept de trou de ver :

 

 

LES PERSONNAGES

 

     Dans ce film, il y a une volonté de ne développer aucun personnage. Ce qui permet de se concentrer sur l’action et la réflexion uniquement. Mais la faille de ce type d’écriture, c’est qu’une fois qu’on a compris l’histoire et l’origine de la technologie qui inverse le temps, et bien en tant que spectateur, on a fait le tour du film… Un peu comme les personnages, d'ailleurs. Comme ils servent uniquement de vecteur explicatif et n’ont aucun conflits personnels, et que leurs actions au gré du film n’ont aucunes conséquences négatives sur eux, finalement le seul enjeu du film pour eux consiste à réussir à comprendre la technologie d’inversion du temps et les raisons de sa création, ainsi que de son utilisation, puis d’agir pour empêcher le plan de l’antagoniste du film, Sator (Kenneth Branagh). Rien ne les en empêche et surtout pas de conflits intérieurs. Seul le personnage de Katherine en a, avec Sator qui la prive de sa liberté et qui menace leur fils pour la manipuler. Et Sator a un cancer inopérable, ce qui l’empêche d’avoir peur de mourir et donc de mener un plan qui va condamner l'humanité toute entière. Mais ce sont les seuls points qui développent les personnages et enrayent leurs actions avec des conflits intérieurs. Et ils restent extrêmement secondaires dans le récit global. Malgré tout, leur traitement constitue le socle d'une scène pivot du film, une des meilleures, notamment grâce un traitement visuel de l'éclairage qui aide à la compréhension de la scène, dans laquelle plusieurs personnages se retrouvent justement en proie à des conflits intérieurs, ce qui aboutit à un climax avec des conséquences qui impliquent l'absence de la possibilité d'un retour en arrière pour le protagoniste et Neil, notamment. Cette scène marque le moment du film où ils entament leur entrée définitive dans la timeline inversée qui mènera à la fin du film et marquera le début de la guerre que le duo mènera contre la technologie du temps inversé.

 

Le rouge et le bleu symbolisent visuellement chacun l'une des deux timelines croisées.

 

     Le protagoniste ou l’un des personnages aurait pu avoir une fascination étrange pour l’exploration dans le temps ou le retour dans le passé, ou à l’inverse une phobie du temps qui s’inverse (dont une crise serait par exemple déclenchée par des aiguilles d’une horloge qui tourneraient en sens inverse). Il existe toute sorte de phobies, celle-ci doit forcément exister. La chronophobie existe, c’est la peur du temps qui passe, et en même temps de ne pas en avoir assez pour réaliser ce qu’on souhaite accomplir dans sa vie de son vivant. Ou sans parler de phobie, au moins avoir quelque chose à perdre s’ils acceptent la mission finale, consistant à faire vivre le protagoniste et Neil (entre autres) dans une temporalité inversée du reste du monde, qui consistera à mener une guerre contre la technologie d’inversion du temps dans une timeline inversée, dans le passé. C’est un énorme sacrifice, ils vont voir rajeunir et disparaître tous ceux et ce qu’ils ont connu petit à petit, comme la mort à l’envers. Là aussi, il y avait un thème à creuser.

 

 

CONCLUSION :

 

     Je me souviens du postulat de départ de Christopher Nolan : un film d’espionnage sérieux. La SF s’est peut-être greffée au projet dans un second temps ? Parce qu'à côté des scènes d'action au visuel marqué et orienté SF, on retrouve des scènes très clichées dans le fond et la forme qui semblent avoir été écrites pour un film d’espionnage classique, mais qui se sont restés dans le film au final. La technologie du temps inversé n'y est pas évoqué et pourrait être remplacé dans les dialogues par de l'armement nucléaire, tout simplement, et surtout aucune de ces scènes n'utilise cette technologie.

 

Toute la scène sur le yacht en est un parfait exemple.

 

     Peut-être que Christopher Nolan devait réaliser No Time To Die (2020) avant de se lancer dans Tenet (2020) ? Je ne suis pas sûr, car, suivant la production du film depuis le début, je me souviens d'une interview où il répondait justement à une question sur le fait de réaliser un film de la franchise :

 

« J’adore le personnage, j’adore les films, et ils ont eu sur moi une influence évidente que quiconque a vu mes réalisations aura remarquée, au point que c’en est embarrassant. Mais je ne me collerais à une franchise pareille que si j’étais certain de pouvoir y apporter quelque chose de nouveau, si besoin est. Et je trouve que, pour le moment, on se passe très bien de moi. »

 

     « Si j’étais certain de pouvoir y apporter quelque chose de nouveau. » Peut-être que c’est de ça dont il s’agit dans Tenet (2020), un James Bond avec quelque chose de nouveau ? La technologie d'inversion du temps.

Note personnelle : Je pense que si Hans Zimmer ne s'est pas occupé de la bande-son du film, c’est parce qu’il travaillait sur celle de No Time To Die (2020). Les deux films devaient initialement sortir au début de l’été.

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